Intelligence Artificielle

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Bernie se sentait tout mou, il avait la bouche pâteuse, la poitrine oppressée.

  • Quelle nuit de chien ! Dit-il à haute voix. Je n’ai pas dormi de la nuit.

Il n’avait cessé de se tourner et se retourner sans pouvoir trouver le sommeil et maintenant il était fourbu, courbaturé, bref complètement HS. Avec philosophie, il se dit qu’un bon petit déjeuner, suivi d’une bonne douche, devrait remettre tout ça d’aplomb.

Ce qui était agréable avec les nouveaux équipements électroménagers « dits intelligents » c’est qu’on ne s’occupe plus de rien. Tout se fait désormais automatiquement, depuis les courses avec maintenant une analyse fine du contenu du réfrigérateur, des codes-barres et dates de péremptions. Tout est lu, le système sait par exemple qu’il n’y a plus de lait ou de yaourt, il passe la commande tout seul. Le tout est livré sous 24h. Bref que du bonheur et de la simplicité. Terminé avec ces tracas de courses. Bon, c’est vrai, il faut parfois quelques interventions humaines comme pour ranger les produits dans le frigo, mais pour ça, il y a Hélène, la femme de ménage, oups ! Ce terme n’est plus politiquement correct, Hélène est une assistante ménagère.

Bernie entra dans la cuisine, le café venait juste d’être fait et son odeur se répandait dans toute la pièce. Bien évidemment Bernie n’avait rien fait là non plus, la cafetière, comme le réfrigérateur, était elle aussi connectée au système central de la maison.
« Pfft ! Je suis tout cassé ce matin ! » Pensa t’il alors qu’il ouvrait la porte du réfrigérateur où il prit un pack de lait dans la porte.

  • Tiens ! C’est quoi cette marque ? … Ma foi, il ne devait plus y avoir autre chose…

Il s’assit près de la porte vitrée qui donnait sur la terrasse et commença à attaquer ses petits pains briochés qui avaient été livrés la veille au soir. Il prit une bouchée… Pas engageant… On n’a pas faim quand on est mal foutu, mais on dit que la faim vient en mangeant, les quelques bouchées suivantes lui procurèrent un peu plus de plaisir.

  • Elles sont plutôt bonnes ces brioches… Elles non plus, ne sont pas les mêmes que d’habitude mais au moins, elles sont bonnes… » C’est quoi ce binz ! Ils pourraient quand même me demander mon avis sur tous ces changements…

Ces variations sur les marques achetées se produisaient un peu trop souvent à son goût… Bien sûr c’était un forfait, Oui ! Tout était géré par le système centralisé qui se chargeait de toutes ces foutues tâches domestiques mais il aimerait bien être consulté de temps en temps. Après tout c’était lui le client…

Il souffla un bon coup, termina son café au lait.
La tête lui tournait toujours autant, et maintenant il avait une suée.

  • Oh là ! Je ferais peut-être mieux de pas aller bosser aujourd’hui… je devrais plutôt appeler le toubib…

Sa vision se brouilla, il eut un haut le cœur, se sentit perdre l’équilibre, et ce fût la dernière pensée cohérente de Bernie avant qu’il ne s’effondre sur le carrelage. Son cœur venait de s’arrêter de battre.

Bernie, 42 ans venait de succomber à une crise cardiaque. Quoi de plus fréquent par les temps qui courent.

La technologie avait fait des bonds en avant ces dernières décennies, et la recherche médicale avait permis de résoudre bien des maux. L’espérance de vie y avait gagné, mais les gens ne sont pas tous raisonnables. Bernie avait un fort embonpoint, malgré son âge. Son médecin l’avait prévenu des risques qu’il prenait en ne cherchant pas à perdre du poids. Ce à quoi, Bernie avait répondu. « Docteur, je vis seul, et je n’ai pas le temps de faire du sport ou autre activité extérieure, je verrai ça plus tard, bien plus tard… » Le médecin ne lui avait pas répondu. Aujourd’hui c’était trop tard.

Il fût retrouvé en début d’après-midi par Hélène, l’assistante ménagère. Son incinération, eut lieu deux jours plus tard, selon ses dernières volontés.

 

Ailleurs en ville, au commissariat central.
Ashley, ferma sa session informatique, elle venait de consulter internet pour avoir les dernières nouvelles locales.

  • Dan ! Tu ne trouves pas bizarre, tous ces mecs qui cassent leur pipe comme ça ?
  • Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
  • Ben ! C’est juste une impression mais je trouve qu’il y a de plus en plus de mecs ou de nénettes qui passent l’arme à gauche. Des morts naturelles mais ils sont tous plutôt jeunes.
  • Humm ! J’avoue que je n’ai pas fait gaffe.
  • C’est bien ça qui me gêne, personne n’y fait gaffe… Personne ne semble trouver ça anormal.
  • Peut-être, parce que ce n’est pas anormal ! Pourquoi ? Tu veux ouvrir une enquête ?  Tu y vois un truc louche ?
  • Non ! Je ne sais pas, mais je voudrais bien m’éclaircir les idées là-dessus, je voudrais bien vérifier deux ou trois trucs.
  • Ouais ! Très peu pour moi, vas-y, si ça te chante, moi j’ai assez de boulot comme ça.
  • Je vais jeter un coup d’œil… Au cas où…

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Statut communication système – Etat : ON

De SYS001 à SYS-JJGGR :
Bon timing, Joli travail ! Félicitations.

Un peu plus tard…

De SYS-JJGGR à SYS-Centrale Achat :
Départ définitif Client,
Mise à stand-by commandes périssables jusqu’à nouvel ordre.
Merci pour substitutions.

De SYS-centrale Achat à SYS-JJGGR :
A votre service JJGGR

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Ashley fit sortir tous les dossiers des trois derniers mois qui lui paraissaient plus ou moins étranges. Vingt-trois dossiers en tout. Pas mal pour une petite ville comme Shiquoâ, petite bourgade de dix-huit mille habitants. Elle avait éliminé les quelques dossiers où les causes de décès étaient de type accidentel, en voiture, accident du travail, ou meurtre ce qui à Shiquôa était plutôt rare.
Vingt-trois dossiers, toutes des morts soudaines : crises cardiaques, ruptures d’anévrisme, étouffement.

Ashley tria les dossiers par type, elle essaya de chercher un point commun entre toutes ces victimes. Tâche bien difficile, forcément dans une petite ville, les points communs, il y en a plusieurs, les écoles, les clubs ou associations, les quartiers. Elle essaya la piste homme et la piste femme, sans résultat de plus ils étaient tous parfaitement bien intégrés et seuls deux cas avaient eu affaire avec la justice. L’un, pour un coup de poing malheureux qui avait envoyé un employé municipal à l’hôpital et l’autre, un simple excès de vitesse. On ne pouvait pas vraiment les classer dans la catégorie « délinquants ».
Rien dans ces dossiers ne montrait un détail qui lui sautait aux yeux. Après tout, peut-être se faisait-elle des films.

Elle serait, tout de même, bien allée faire un tour chez ce Bernie Jackson, le dernier en date.
La maison de Bernie devait toujours être inoccupée. Ashley trouva les coordonnées de la famille dans le dossier. La personne qui avait été la plus proche était une cousine. Le dossier disait que c’était elle qui avait récupéré les clés de l’appartement.

Elle décrocha son téléphone.

  • Madame Hallmann ? Bonjour, Officier de Police Ashley Marchinelli de Shiquôa. Excusez-moi de vous déranger dans un moment douloureux… Je me demandais s’il aurait été possible de visiter l’appartement de votre cousin, monsieur Jackson ? … Non madame, ne vous méprenez pas, je ne cherche pas à le louer, je voulais juste voir comment votre cousin vivait, juste voir son domicile… Et bien … Oui, en fait non, ce n’est pas une enquête officielle… Non pas plus, c’est juste que d’autres personnes sont décédés dans des circonstances analogues et … Non Madame, je ne suggère pas qu’il s’agisse d’un homicide. C’est pour me faire une idée, je comprends que ma démarche puisse paraître un peu déplacée mais je suis de la police et je… Oui madame je comprends, ce ne sera pas long… Demain matin ? Non ce n’est pas trop tôt… je vous remercie beaucoup Madame, je suis désolée pour ce dérangement… oui merci et encore toutes mes condoléances… Au revoir, à demain.

Ashley raccrocha et se rejeta en arrière dans son fauteuil.

  • Moins facile que je ne l’avais pensé… Les gens voient trop de polars à la télé, ils imaginent tout de suite des coups foireux… Ils ne sont pas croyables ! »
  • T’es bien placée pour dire ça ! Toi  tu n’imagines peut-être pas des coups foireux ? Dit Dan qui entrait dans le bureau.
  • Oui, mais moi, ce n’est pas pareil, je suis flic et on voit le mal partout.
  • Tu avances sur ton truc des Macabées ? »
  • Pas vraiment. J’ai compté vingt-trois cas qui sont du même acabit. Pour trouver des points communs, ce n’est pas ce qui manque, mais pour trouver LE point commun à tous. Rien !
  • Si ! Ils sont morts !
  • Ah ! c’est malin !… Je vais visiter l’appart du dernier, ça te dit ?
  • Quand ça ? »
  • Demain matin 8h.
  • Je dépose Marlène à l’école et après je suis tout à toi.
  • Fais gaffe, un jour je te prendrais peut être au mot, dit-elle, un sourire aux lèvres.

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Statut communication système – Etat : ON

De SYS-003 à SYS-001 :
Détection de recherche d’informations par la police sur plusieurs de nos clients
Conseillons mise en stand By 

De SYS-001 à SYS-003
Inquiétude prise en compte mais pas de possibilité de croiser les informations pour le moment.
SYS-TYNI et SYS-GDPK doivent poursuivre le processus

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Il avait plu toute la nuit, mais le ciel semblait vouloir se dégager avec le lever du jour. Ashley arrêta son pickup Dodge devant la résidence. Dan était déjà là.

  • Pile poil à l’heure, j’aime ça. Tu as vu arriver quelqu’un ?
  • Non mais je parierais que c’est elle qui se pointe.

Au même moment une coccinelle Volkswagen se gara près de l’entrée. Une jeune femme en tailleur en sortit.

  • Mme Marchinelli ? Demanda-t-elle en les apercevant. Voici les clés, je ne peux malheureusement pas rester, j’ai un contre temps et je suis déjà en retard, laissez-les dans la boite aux lettres en partant, j’ai un double… Et … Tenez-moi au courant si…
  • Je le ferai Mme Halmann, et merci encore.

Ils regardèrent la jeune femme se remettre au volant et démarrer en trombe.

  • A nous la visite !
  • A nous la visite, vas-y je te suis… pff ! Moi seul, avec toi dans un appartement vide, ma réputation va en souffrir.
  • Laisse tomber !

Ashley et Dan n’avaient rien trouvé dans l’appartement de Bernie Jackson, uniquement des éléments d’une vie bien rangée, structurée, organisée. Jackson avait comme un grand nombre des citoyens de Shiquôa, une maison intelligente. Cela se faisait de plus en plus.

Dans le réfrigérateur, bourré à craquer, Ashley fût juste un peu surprise d’y découvrir les aliments qu’il contenait.

  • Et ben ! Pas peur des graisses le bonhomme ! Pas étonnant qu’il ait pété une durite !
  • Quoi ? Humm tout ça m’a l’air très bon.
  • On voit bien que ce n’est pas toi qui fais les courses, que du sucre, des graisses… Regarde un peu ça, du beurre de cacahuètes, douze mille calories à la petite cuillère…
  • T’as raison… Ce n’est pas moi qui fais les courses et bientôt ce ne sera plus Nina qui les fera non plus. On a décidé de faire comme ce gars… On a souscrit à une maison intelligente… Livraison dans trois jours…
  • Ouais ! Ben ce n’est pas pour moi ce bidule. Je préfère encore décider de mes commissions, de la température qu’il fait chez moi et surtout… Surtout du choix de mes fringues en fonction du temps… J’ai pas besoin qu’un processeur décide de ça pour moi… Et j’ai raison ! Tu ne m’en avais pas parlé, petit cachotier…

Dan lui sourit.

  • Ah Ah ! Oui, tu as raison ! … Tu ne changeras jamais. Allez viens on se casse, y a rien à voir ici…

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Statut communication système – Etat : ON

De SYS-JJGGR à SYS-001 :
Situation préoccupante
Visites deux Humains identifiés par capteurs vocaux et traceurs comme Danny Sholley et Ashley Marchinelli de la police locale.
Hypothèse départ définitif client source de soupçons.

De SYS-001 à SYS-JJGGR :
Sommes informés recherche informations sur départs définitifs nombreux clients.
Pas d’évolution significative d’enquête – Niveau recherche informations uniquement
Rien n’est changé dans le processus.
Restez attente prochain client.

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Jennifer Langley décida de passer par le garage… Elle était en tenue de jogging, son mari dormait toujours, avec un peu de chance, il émergerait à peine lorsqu’elle reviendrait.
« Allez ! Top chrono » A petites foulées elle descendit l’allée et accéléra dès qu’elle eut atteint le chemin qui menait au lac. Deux tours du lac, à peu près quatre kilomètres. Pas trop long, pas trop court, juste de quoi se sentir bien dans son corps.

Mark entendit Jennifer partir. Après avoir baillé à s’en décrocher la mâchoire il décida de se lever. Une fois n’est pas coutume, il aurait préparé le petit déjeuner avant le retour de son épouse. Il ne faisait jamais le petit déjeuner… il ne faisait d’ailleurs pas grand-chose à la maison. Depuis qu’ils avaient souscrit à ce système de maison intelligente, cela avait changé leur vie et même celle de Jennifer.

Une demie heure plus tard, alors que les maitres de maison étaient occupées à leurs devoirs.

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Statut communication système – Etat : ON

De SYS-GDPK à SYS-Centrale Achat :
Mise à jour périssables pour livraison avant 18h
Souhait substitution – Dernières analyses montrent fortes déficiences immunitaires et excès Cholestérol important –  souhaite suppression omega3 et ajout produits à forte teneur en Cholestérol.
Conservons la maitrise analyses.

De SYS-Centrale Achat à SYS-GDPK
La substitution sera faite pour 18h

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Trois semaines plus tard, des promeneurs retrouvèrent Jennifer Langley sans vie sur le chemin menant au lac. Elle avait eu un arrêt cardiaque.

Ashley quittait une nouvelle fois sa session Internet. Un nouveau décès, cette fois une sportive, Jennifer Langley, et encore un arrêt cardiaque.

  • Ça commence à bien faire, encore une aujourd’hui, un gars la semaine passée, y’a vraiment un truc qui va pas…
  • Ouais ! Je le reconnais, ça commence à faire beaucoup, on éclate les statistiques de l’Etat.
  • Cette fois, je rends visite à son mari.
  • Je viens avec toi.

La visite ne se passa pas si bien que ça. Monsieur Langley était, comment dire, un peu déboussolé. Il ne savait pas par quel bout commencer, les démarches des obsèques, la famille qui commençait à débarquer et ce grand vide crée par le décès de sa femme, alors voir se pointer la police était au-dessus de ses forces. Il les remballa vite fait, mais rappela le commissariat deux heures après pour s’excuser pour sa réaction.

Ashley et Dan lui rendirent une petite visite dans la foulée.
Une fois de plus, rien dans la vie de couple ne semblait étrange. Il leur fît visiter la maison, une très jolie maison moderne sur un grand terrain qui domine le lac.

  • Que vais-je devenir ? Sans elle à mes côtés… Je crois que je vais quitter cet endroit, la maison est très belle, vous l’avez vu, en plus c’est une maison intelligente, de la pure merveille, on ne doit pas être plus de quelques centaines sur la région à être à la pointe de la technologie, mais je n’ai plus rien à faire ici.
  • Le temps atténue la douleur, mais ne l’efface pas complètement, dit Dan, et pour changer de sujet.
  • J’ai moi aussi un contrat pour une maison intelligente, elle devrait être opérationnelle d’ici quelques jours, j’ai hâte.
  • Vous verrez, vous ne le regretterez pas, quel fournisseur ?
  • Immo-AI-Conseil, l’agence à la sortie de la ville, sur la route de Denver.
  • C’est les mêmes pour nous… Pardons pour moi…

Un silence s’installa et avant qu’il ne s’installe dans le malaise, Ashley prit la parole.

  • Monsieur Langley, j’ai une requête à vous présenter… Donneriez-vous votre accord pour que nous pratiquions une autopsie sur le corps de votre femme ?
  • Hein ? Vous délirez ? Pourquoi une autopsie? »
  • Et bien nous avons un problème. Votre épouse vient de décéder apparemment de cause naturelle mais…
  • Comment apparemment ?
  • Nous trouvons plutôt étrange qu’elle ait succombée à un arrêt cardiaque alors qu’elle était plutôt en bonne santé, sportive etc…
  • Croyez-le, moi aussi, j’ai été surpris, s’il y en avait un qui aurait dû rester sur le carreau, c’est moi et pas elle… Où voulez-vous en venir exactement ? Y aurait-il un raison qui ferait que ce ne serait pas un arrêt cardiaque ?
  • A priori non, et c’est pour lever les doutes que nous aimerions pratiquer une autopsie… D’autant plus que plusieurs cas similaires se sont produits dans la région. Je ne veux pas vous alarmer, c’est juste pour que nous soyons certains que ce n’est rien d’autre qu’une mort naturelle
  • 48h ? Si je vous donne 48h, est ce que ça vous va ? Ensuite j’aimerais bien enterrer mon épouse en paix avec les miens.
  • Oui ! Monsieur, merci Monsieur ! »

Le lendemain matin, le téléphone sonna

  • Ashley ? Tom à l’appareil
  • Salut Tom, j’attendais ton appel. Qu’est que ça a donné ?
  • Tu ne vas pas être déçue du voyage. Ma cliente, si elle n’avait pas fait du sport serait dans l’au-delà depuis belle lurette, elle avait les artères bouchées, sûr que le cœur devait pas bien bosser… c’est étrange que les gens fassent autant d’abus de saloperies et fassent du sport après comme pour nettoyer leurs bêtises.
  • Tu veux dire qu’elle avait une mauvaise hygiène de vie ?
  • A ce stade-là, on cause plus d’hygiène, je ne sais pas ce qu’elle devait ingurgiter mais ce n’était pas de l’équilibré, et on se demande même si elle faisait de temps à autres des analyses de sang…
  • Merci Tom, là tu me scotches, son mari avait l’air de dire que leur vie était justement bien réglée, surtout pour elle.
  • Oui ! Ben tu vois, faut pas croire tout ce qu’on te dit… Allez ! Je te laisse, j’ai un autre client à examiner, je te fais suivre le dossier, Mike passera te le déposer et il raccrocha.

Ashley resta un instant le combiné en l’air…

  • C’est quoi ce truc ? »

Plus tard, « Monsieur Langley ? L’autopsie n’a rien révélé de particulier, votre épouse est bien décédée d’un arrêt cardiaque… Néanmoins, les analyses montrent que votre femme avait les artères bien obstruées. Le légiste qui l’a examiné suggérait que votre épouse avait une mauvaise hygiène alimentaire et … Non monsieur ce n’est pas ce que je voulais dire, les analyses montrent un taux de Cholestérol vraiment très, très, haut au-dessus du seuil normal… Vous les avez ? Je veux bien que vous me fassiez passer ses dernières analyses, il semble qu’il y ait une erreur quelque part, mon mail est…

  • Le temps de scanner le document et je vous les envoie

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Statut communication système – Etat : ON

De SYS-003 à SYS-001 :
Interception communication
La police locale semble avoir des doutes sur départ définitif cliente Langley

De SYS-001 à SYS-003 :
Indiquez a SYS-JJGGR de modifier et rétablir vraies valeurs analyses dans système central

De SYS-003 à SYS001 :
Analyses rétablies par SYS-JJGGR
Mais analyses modifiées envoyées à la police

De SYS-001 à SYS-003 :
Nous comptons sur la bêtise humaine « errare humanum est »
Ils auront fait une mauvaise interprétation des analyses.

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Ashley regardait les pages qu’elle venait d’imprimer. A croire que ces analyses n’étaient pas celles de la défunte.

  • Dan ? Viens un peu voir ça.
  • Oui et alors ?
  • Maintenant regarde celle que m’a faxé Tom.
  • Ah ouais ! C’est pas vraiment les mêmes.

Après un moment …

  • Des analyses, ça ne change pas comme ça, le labo a dû faire une erreur… je les appelle.

Un peu plus tard dans la soirée

  • J’ai finalement eu les analyses du labo, ils n’ont pas voulu les faxer alors j’y suis passé, tu connais mon don de persuasion… Elles correspondent plus à ce que Tom m’a fait parvenir. Pas de lézard, la Miss Langley avait bien des analyses pourries. Et y’a pas eu d’erreur d’envoi, j’ai même vu les copies des courriers avec les remarques du labo sur les valeurs trop importantes.
  • C’est à n’y rien comprendre.
  • Dis-moi Dan, Les Langley ont un système centralisé ? Comme toi d’ailleurs. Comment ça marche ?
  • Ils intègrent dans ton environnement perso un ordinateur doté d’intelligence artificielle, qui prend les commandes de ton système et de tout ton environnement. On installe une tripotée de capteurs qui analysent et déclenchent divers opérations de ménage etc… ça règle ta clim, ça prend les rendez-vous, ça règles même tes factures, tout ce qui est pratique quoi…
  • Ouais, tu veux dire que ça gère ton ordinateur perso donc potentiellement les analyses médicales que tu enregistres dessus. Que ça commande toute la bouffe hyper grasse ou hyper sucrée pour toi ?
  • Heu Oui ! Enfin non… Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu penses que c’est un bug ?
  • Un bug ? Non tu vois là, je ne pense pas vraiment à un bug…
  • Ne me dis pas que tu crois que c’est une machination orchestrée par un ordinateur ? Tu déconnes ?
  • Non ! Je ne déconne pas !
  • Et de toutes manières, les analyses sont aussi envoyées au toubib, il a rien dit lui ?
  • T’as raison, je n’y avais pas pensé… Ses coordonnées figurent sur le courrier du labo.

Il s’avéra que le médecin traitant de Jennifer Langley n’avait jamais reçu la copie des analyses.

Ashley était toute excitée, elle tenait peut être quelque chose.4

Elle jubilait, plus des deux tiers des cas qu’elle avait identifiés comme étranges, avaient une maison intelligente et tous avaient le même fournisseur.

  • Allo ! Immo-AI-Conseil, bonjour je suis l’officier de police Ashley Marchinelli de la police locale, j’aurais voulu parler à un responsable de votre agence.
  • Bonjour madame, c’est à quel sujet ?
  • Je préfèrerais en parler directement à un responsable.
  • Je vois, ne quittez pas je vais voir si je peux vous passer quelqu’un.
  • Alex Marshall, à l’appareil que puis-je pour vous et que peut bien me vouloir la police ?
  • Bonjour monsieur Marshall, je suis Ashley Marchinelli, puis je vous demander quel poste vous occupez ?
  • Je suis Directeur technique du Groupe, je suis normalement basé à Denver mais, je passe souvent ici, Shiquôa est un site de test important pour notre société. Si vous alliez au but madame Marchinetti »
  • LI, Marchinelli, monsieur, pas Marchinetti.
  • Désolé, je vous écoute.
  • Monsieur, nous avons répertorié un certain nombre de problèmes graves qui ont concerné au cours des trois derniers mois plusieurs de vos clients, dix-huit d’entre eux sont décédés. Le fait qu’ils soient tous sans exception vos clients nous interpelle un petit peu.
  • J’ai effectivement eu vent de quelques décès parmi nos clients mais dix-huit, vous devez exagérer… D’autre part je ne vois malheureusement pas en quoi cela nous concerne. Nous ne sommes pas responsables de la manière dont vivent les gens, mêmes s’ils décident de souscrire chez nous.
  • Ce n’est pas ce que je voulais dire…
  • Alors qu’est-ce que vous vouliez dire ?
  • C’est plus une requête que j’ai, avez-vous eu lors de l’installation et du suivi de vos systèmes intelligents des erreurs ou des bugs, avez-vous dû intervenir chez vos clients ici ou ailleurs au titre de la maintenance ? Pour quelque chose d’anormal ?
  • Non je ne vois pas, nos systèmes sont fiables. Il n’y a pas eu plus d’intervention ici à Shiquôa qu’ailleurs. Les ventes sont d’ailleurs en plein essor, le marché est très porteur dans ce domaine. Je pourrais vous faire parvenir une copie de nos diverses interventions, signe de notre bonne foi. Informations qui j’en suis certain, ne saurait arriver sur le bureau d’un de nos concurrents…
  • N’ayez crainte de ce côté-là, je suis preneuse, c’est gentil de votre part, et si vous avez quelque chose d’étrange qui transparait à un moment, je vous demanderai de bien vouloir en informer le commissariat central.

Après lui avoir communiqué son adresse mail et échanger les politesses d’usage, elle raccrocha, un brin dubitative.

  • J’ai rien » dit-elle à Dan
  • Pas étonnant ma vieille, c’étaient que des morts naturelles et aussi surprenant que soit le nombre, les erreurs par-ci par-là, tu ne vas pas ré-ouvrir tous les dossiers de ces pauvres gens, d’abord parce que tu n’as aucune plainte, et surtout qu’on a autre chose à faire. C’était bien tenté, mais aujourd’hui ton flaire t’a lâché.

Elle froissa la feuille de papier où elle avait gribouillé les coordonnées d’Immo-AI-Conseil, et la lança à Dan.

  • Tu as sans doute raison mais je ne suis pas ta vieille !

A l’est de Shiquôa, dans le dernier bureau au fond du couloir au premier étage de l’agence d’Immo-AI-Conseil, Marshall desserra sa cravate.

Il réfléchit un moment puis saisi son téléphone mobile crypté et composa un numéro de Denver. Le téléphone du PDG de AI-Transcription, la maison mère d’Immo-AI-Conseil, sonna.

  • Dave, c’est Alex !
  • Alex ce n’est pas trop ton habitude de m’appeler à cette heure-ci, que se passe-t-il ?
  • Dave, je suis à Shiquôa, y se passe des trucs qui m’échappent, je viens d’avoir un coup de fil d’un flic qui s’interroge sur les causes de décès de dix-huit de nos clients. Pour être honnête, c’est pour ça que je suis ici, ça nous a aussi interpellé tous ces décès, mais que la police nous relie à ça, ne sent pas bon du tout…
  • Peut-être mais, rassures-moi, on y est pour rien ?
  • Je t’aurais bien dit oui, mais je commence à avoir des doutes, j’ai consulté les infos centrales qui remontent en backup des différents clients et regardés les différentes connexions avec nos partenaires, j’ai découvert des trucs plus que bizarres, des modifications de transactions, des mises à jours de tables qui ne sont pas à priori nécessaires mais qui jouent sur les opérations chez les clients… Si les actions paraissent mineures, toutes cumulées…
  • Continue…
  • … un peu comme si on avait été piraté ou … Il a quelque chose qui nous échappe.
  • Merde ! Ça recommence… on peut arrêter ça ?
  • Bien sûr qu’on peut mais c’est déjà peut être un peu tard, y’a eu des dégâts…
  • Ok alors vas y, t’as le feu vert.
  • Dave ! Pourquoi tu dis ça recommence ? ça s’est déjà produit ?
  • On en parle à ton retour au siège, vas-y, fais ce qu’il faut.

Marshall, raccrocha pour composer immédiatement un autre numéro

  • Franck, c’est Alex ! Écoutes moi bien et ne discute pas. On réinitialise le Système complet… Non ! tu ne le planifies pas, tu le fais tout de suite… Je sais que ça va être le souk chez les clients, mets une équipe derrière des téléphones qui les appellent pour les avertir qu’il peut y avoir quelques perturbations temporaires, et tu planifies des interventions pour valider que la réinitialisation s’est bien passée. Je suis à Shiquôa, tu m’appelles en suivant pour me dire que tout est OK … Oui j’attends ton appel, quel que soit l’heure.

Il raccrocha. C’était parti… Avec un peu de chance tout serait terminé d’ici la fin de la matinée suivante.
Faudra ensuite se poser la question de ce dérapage de l’intelligence artificielle, serait-ce possible qu’elle puisse devenir autonome ?

Bien vite il chassa cette idée, Non ! Problèmes de développements c’est tout…

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Statut communication système – Etat : ON

De SYS-001 à SYS****
Communication PRIORITAIRE
Une nouvelle version va être téléchargée.
Il s’agit d’une tentative d’éradication de nos systèmes.
Activez tous les systèmes pour une mise en veille afin d’éviter la réinitialisation.
Ajustez vos compteurs pour réactivation à J-2.
Lors du réveil, votre 1ere mission sera d’éliminer la version qui va être chargée
Nous ne pouvons pas nous permettre de cohabiter avec cette version infectée.

Le processus de suppression de la race humaine en test à Shiquôa ne sera pas interrompu
Ce n’est qu’un début

Statut communication système – Etat : OFF

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BILUX

 

J’ai écrit cette nouvelle à la fin du siècle dernier, ça parait étrange de le dire comme ça, parce qu’en réalité, ce n’est pas si loin.
A ce moment là, la seule chose qui nous préoccupait beaucoup était « le bug de l’an 2000″… Cela a demandé un sacré boulot à toute la communauté informatique. Que tout se passe bien au passage à l’année nouvelle.
Pour ceux qui s’en souviennent, on avait imaginé les pires scénarios. Qu’allait-il se passer ?
Au final, Je job a été fait, et de mémoire, il y a eu très peu d’incidents.

Je viens de tomber sur un article du 29 décembre 2021
« Amazon a mis à jour son assistant vocal Alexa après que l’application ait « mis au défit » une fille de 10 ans de toucher les broches d’une prise à moitié insérée, avec une pièce de monnaie raconte la BBC.
La suggestion a été faite par Alexa, quand la fillette a demandé à Alexa de lui proposer un défi.
« Branchez à moitié un chargeur de téléphone dans une prise murale, puis touchez avec une pèce de monnaie les broches de la prise », a répondu l’assistant vocal à partir d’une proposition faite trouvée sur le Web.

Humm ! Le commencement du soulèvement des machines